S’énerver est une alerte profonde difficile à maîtriser. Souvent déclenché par autrui, il s’avère que l’énervement ne repose que sur soi. Action, réaction. Sur une lecture sans doute erronée d’un événement, d’un déclencheur. Je ne m’énerve pas à cause d’autrui, autrui me permet de me mettre en colère avec moi. Oui avec, pas contre. Ce n’est pas que tout est lié à moi, c’est seulement que l’événement se passe avec moi, en moi, entre moi et moi. L’autre peut en pâtir, mais c’est moi qui crée ce moment de tension. Pourquoi ? C’est ce qu’il faudrait essayer de décomposer, de fragmenter pour en découvrir la source. La rapidité du déclenchement, de la réaction est surprenante. Elle peut s’apparenter au mécanisme de la douleur. Je me brûle, je retire immédiatement ma main, presque avant de ressentir la douleur. L’énervement est un mécanisme automatique, une défense. Mais de quoi peut-on se défendre lorsque l’on s’énerve? Comment rester calme, ou plutôt, faut-il rester calme. Se poser les bonnes questions dans un moment d’énervement relève de la parfaite connaissance de soi, de la maîtrise de soi. Comment transformer cette source de colère, d’agacement en source de connaissance. Comment modifier ce réflexe instantané en une action intelligente, et intelligible par l’autre. Comprendre le mécanisme doit aider à avancer, à prendre de la distance, à s’interroger. Ce n’est pas mettre en doute ses réactions, c’est les accepter dans leur profondeur, leur premier état.
If thought is a material process, what are we? Jiddu Krishnamurti
Traduction en français de ce texte de Jiddu Krishnamurti :
Qu’est-ce que la pensée ?
Qu’est-ce que la pensée ? Parce que la pensée a créé les choses les plus extraordinaires dans la vie, les grands temples, les grandes mosquées, les merveilleuses cathédrales, la splendeur de ces structures merveilleuses, s’élevant vers le ciel, les grandes peintures, la sculpture, les grands poèmes. N’est-ce pas ?
Et la pensée a également créé les instruments de guerre les plus extraordinaires. La pensée a aussi créé tout ce qui se trouve dans les temples, dans les mosquées, dans les églises. N’est-ce pas ? Ce sont des faits. Vous direz peut-être : « Non, ce sont des révélations directes de Dieu », mais quand vous dites cela, c’est aussi de la pensée. N’est-ce pas ?
Ainsi, la pensée a accompli les choses les plus extraordinaires, et a également commis les choses les plus effroyables. La pensée a brûlé des gens, les a qualifiés d’hérétiques et les a brûlés. Et la pensée a dit : vous devez suivre Marx, Engels, et ainsi de suite. La pensée a été extraordinairement importante dans notre vie. N’est-ce pas ? Comprenez-vous cela ?
Maintenant, qu’est-ce que la pensée ? Qu’est-ce que le fait de penser ? Regardez, enquêtez, observez-le, observez votre propre façon de penser. Vous pensez à votre femme — supposons, si jamais cela vous arrive — vous pensez à votre femme ou à votre mari. Qu’est-ce que ce processus de pensée quand vous pensez à elle ou à lui ? Vous avez l’expérience de cette personne, l’image de cette personne, sa nature, son regard, sa structure, l’apparence de cette personne, ce qui est la mémoire. N’est-ce pas ? N’est-ce pas, Messieurs ?
Et cette mémoire est basée sur la connaissance de cette personne. N’est-ce pas ? Et cette connaissance est basée sur l’expérience vécue avec cette personne. N’est-ce pas ? Voyez-vous cela ?
Ainsi, la pensée naît de l’expérience, de la connaissance dérivée de l’expérience, stockée dans le cerveau sous forme de mémoire, et la réaction à cette mémoire est la pensée. N’est-ce pas ? Donc, la pensée est un processus matériel. Le voyez-vous ?
N’est-ce pas, Monsieur ? Donc la pensée n’est pas sacrée. Et quoi qu’elle crée, ce n’est pas sacré — vos Upanishads, votre Gita, votre Bible, votre Coran, ce n’est pas sacré. Voyez ce que vous acceptez au moment où vous dites que la pensée est un processus matériel. C’est un processus matériel parce que le cerveau, les cellules cérébrales contiennent les mémoires passées, la connaissance passée, l’expérience passée, et c’est de là que surgit la pensée. Si vous n’aviez aucune expérience, aucune connaissance, aucune mémoire, il n’y aurait pas de pensée. N’est-ce pas ?
Alors regardez attentivement et vous le verrez par vous-mêmes. La pensée est donc un processus matériel. Le voyez-vous ? Ainsi, la pensée a créé Dieu, puis la pensée adore Dieu. Oui, Monsieur ! Vous vous êtes fait avoir !
C’est très important. S’il vous plaît, regardez cela. Et si la pensée est un processus matériel, alors que sommes-nous ? Comprenez-vous ma question ? Que sommes-nous, psychologiquement ?
La pensée dit que vous êtes hindou. La pensée dit que vous êtes un grand homme. La pensée dit que vous devez atteindre l’éveil. La pensée dit que vous devez méditer. La pensée dit d’obéir, de suivre, de devenir comme quelqu’un d’autre.
Ainsi, la pensée dit « devenez », aussi bien extérieurement — si vous êtes un employé, devenez le directeur ; si vous êtes le directeur, devenez le cadre ; si vous êtes le cadre, le président. De même, la pensée dit : vous êtes un disciple, vous serez un jour le maître, et finalement le gourou, et, plus loin encore, l’éveillé. C’est la pensée qui construit tout cela. Je me demande si vous réalisez tout cela.
se correspondre
Seras-tu là?
Je serai là.
note
Je n’ai pas eu le temps. Ni de m’arrêter, ni de réfléchir. Je n’ai que suivi son fil, sans me soucier de son tracé. Je m’accroche à lui, une ligne de vie, à suivre, quand on ne sait où aller. Plus simple, moins original. Je me suis même emmêlé les pinceaux, sans pour autant comprendre pourquoi. J’entendais qu’il fallait une fin tout de même. Que la fin du fil serait sans doute la mort. La mort promise à tout ceux qui ont commencé à vivre. Il s’en fallut de peu. Il aurait même été possible que rien ne commence jamais. Que cela reste à un état de projet, d’accident, de rêve d’un couple, de familles. Cela ne dépendait pas de nous, encore moins de moi. J’ai croisé d’autres fils, de différentes couleurs, de différentes longueurs. Parfois, nous nous sommes même emmêlés, d’autres fois, seulement juxtaposés, ou ignorés. L’histoire courait derrière. S’effilochait, les nœuds se défaisant parfois, avec ou sans aide, d’autrui. La promesse était là, il n’y en avait pas. Rien n’avait été défini, c’était comme ça. Il fallait laisser faire.
note
Ce n’est jamais fini. Ce n’est que le début d’une nouvelle fin qui approche.
Le mouvement est continu, il oscille, et on s’inscrit en son sein. Ni devant, ni derrière, ni dedans, seulement avec. Ça ne changera rien, ça n’a jamais rien changé, et penser pouvoir changer quoi que ce soit n’est que chimère. Une fantaisie que l’on a, qui n’est pas vraiment là. Elle vacille, se tord, s’étire, s’éteint parfois. Être là, pour toujours, quelque part. Hier, aujourd’hui et demain. On a été là, on est là et on sera là. C’est la même histoire, pas la fin de l’histoire. Entre temps, il ne s’est rien passé réellement. Être là ne finit pas, être là commence seulement. Pour toujours. Au même endroit, qui n’existe peut-être pas.
Il ne faudrait pas trop s’attarder à cela. Le temps ne se perd pas, ne se consume pas. Il est immobile, présent. Il se suffit à lui-même, avec ou sans nous. Peu importe.
Et là, là naît le vertige. Le vertige d’y croire.
note
On peut tout imaginer, tout vivre. On se retrouve tout de même face à soi. Perdu, sans aucun doute. On essaie, on essaie toute sa vie à être là, à naviguer, dans sa vie. On est bien là, encore mais on ne sait ni comment ni pourquoi. Au gré. Suspendu. Les explications n’ont toujours aucun sens. On ne les cherche plus vraiment. On les prend, à pleines mains. On s’interroge, parce qu’il le faut. Parce que tout le monde s’interroge. On se croise. On n’avance pas. On est là. Encore là. On le croit.
ni queue ni tête (20)
Là-bas. Là où rien n’était pareil. Là où la vie avançait à un autre rythme, le rythme du regard, de l’attention. Là où rien n’était à prévoir, seulement avancer et vivre sans trop réfléchir. Au gré. Là-bas, là où l’on cherche à être différent, à être soi, un peu perdu. Une petite naissance, troublante. Toujours différente, selon le là-bas. Moins de repères, des appréhensions, basiques. Les appréhensions vitales, les « comment je », comment je vais faire pour, comment je peux, comment je dois. Le doute et l’incertitude d’enfin découvrir. Comme un nouveau né. Un nouveau je suis. Être là, mais là-bas, là où l’on ne vous attend pas, là où vous n’attendez rien de particulier, seulement de reprendre contact avec ce corps et cet esprit qui vous accompagne mais que vous oubliez. Par paresse, lassitude, parfois par dégoût de ne plus savoir que faire de ce truc qui encombre vos nuits. Vous. Moi. Je. Le quelque chose qui semble être là avec ceux et celles qui vous rejoignent, même absents physiquement. On ne laisse rien derrière soi, on est seulement vivant ailleurs. Ailleurs n’est pas mieux. Ailleurs est réel. Ailleurs est là quand on est là-bas, seul avec soi, même accompagné. Là où rien ne peut être pareil. Être là-bas, pour être là.
peut-être

Peut-être
Peut-être que tu es là. Si tu peux être, peut-être es-tu là. Le silence se voit autour de toi, alors j’aime à croire que tu es là. Pourquoi ne serais-tu pas là d’ailleurs ? Qui peut s’aventurer à dire cela? Je te vois partout en moi et par là. Là où personne ne regarde. Là où on craint de quitter la réalité. On te confond souvent avec un souvenir. Mais non tu n’es pas le souvenir d’une existence. Tu es. Tu n’es pas peut-être là. Tu es là où tu veux bien être maintenant. Là où tout le monde te cherche. En vain parfois. Mais ça, ça ne compte pas. Tu es libre d’être là où l’on a envie. Peut-être que tu souris. Moi j’ai le sourire de te savoir là. A côté de moi, de nous. Je t’embrasse.
Peut être. Reste là, auprès de nous.
« Mais le temps, qu’est-ce que c’est au juste ? » | Haruki Murakami
«Mais le temps, qu’est-ce que c’est au juste ? Je me posai la question à moi-même. Par commodité, nous mesurons le passage du temps à l’aide des aiguilles des montres ou des pendules. Est-ce vraiment approprié cependant ? Le temps s’écoule-t-il bien de façon régulière, dans une direction fixe ? À ce sujet, ne commettons-nous pas une énorme erreur ? »

«Le Meurtre du Commandeur Livre 2 La métaphore se déplace» par «Haruki Murakami»
Sri Ramana Maharshi | Documentaire « Jnani »
Très beau documentaire sur le grand sage indien Sri Ramana Maharshi.
« JNANI » est un documentaire qui explore la vie et les enseignements de Sri Ramana Maharshi, le plus important sage indien du 20ème siècle. Il est recommandé de revoir JNANI au fil du temps, permettant une assimilation progressive de sa substance. À chaque visionnage, des couches de compréhension plus profondes pourront être découvertes. « JNANI » sert d’initiation aux philosophies de l’Advaita Vedanta à la lumière des enseignements de Sri Ramana Maharshi.
ni queue ni tête (19)
Ils ne font plus l’amour. Non, rien ne les empêche de le faire. Enfin si, une chose, ils ne sont plus là, physiquement quelque part, mais plus dans leurs têtes. Leur esprit est ailleurs. Là où personne ne peut aller. Ils se sont réfugiés dans une autre vie que la leur, la vie des autres. Ils sont là où personne ne se retrouve vraiment. Ils sont dans un message entre deux mondes mais ce n’est pas sûr non plus. Leur esprit n’est plus là, il s’est décroché d’eux, de là où ils croyaient tout maîtriser, leur vie, leur sexualité, leurs souvenirs. Petit à petit ils se sont détachés. On les a aidés à se détacher de leur présence. Ils ne sont ni ici, ni maintenant. Si c’était un rêve, ce serait presque beau. Mais ce n’est pas un rêve. C’est un tout petit souffle d’air, d’énergie qui voyage dans un infini non défini. Un câble, une onde, un souffle de rien. Ils ne font plus l’amour. Ils n’ont pas besoin d’un autre, de l’autre. Ils sont bien profondément ancrés en eux, dans l’image deux. Ce qui flotte, qui flue, nulle part. Ce qui n’a pas changé c’est qu’ils ne s’aiment pas plus, non. Parfois ils détestent même ce qu’ils sont. Ils se sont enfermés là où personne n’a d’importance, de valeur, de consistance. Un non-lieu individuel. Une histoire qui n’existe pas. Un rien plein d’émotions diverses. C’est étrange. Ce n’est pas une règle, c’est comme ça. Ils se sont laissés aller vers un monde qui est inconnu de tous malgré sa puissance perverse. Une manipulation collective autoimmune. Une maladie qui devient vie. Être là, nulle part, parmi les autres qui n’existent pas. Ni un regard, ni une caresse. Une fiction imagée, pré-imaginée. Pour eux. Seuls.
ni queue, ni tête (18)
On doit apprendre de ses erreurs. On se le dit, on nous le dit. On ne devrait pas répéter des décisions, des actions qui ne conduisent nulle part. Et pourtant, il arrive que l’on recommence, une fois, puis encore une fois, sans raison apparente. On ne sait pas pourquoi, et on ne s’intéresse pas à le savoir. On se rassure en ne choisissant pas l’inconnu. Par manque de confiance, par manque de courage, par ignorance, parce que quelque chose qui nous dépasse nous entraîne à le faire. Mais qui nous entraîne à agir ainsi ? Personne. C’est une question de temps, de prise de conscience. Un temps d’apprentissage pour aller au-delà du réel, au delà du constat, au delà du mur. Aller chercher trop loin les raisons fait peur. La solution serait-elle inextricable ? Y-a-t-il un endroit que l’on ne veut pas atteindre, très enfoui en soi? Le travail, la vie, rien n’y change. On s’habitue à agir sans oser déranger, sans oser s’affronter. C’est plus simple, mais totalement inefficace. Le résultat est clair, cela ne fait qu’empirer mais pas suffisamment pour que l’on s’arrête. Non, on recommence, on répète, on déguise l’histoire. On s’écarte du chemin qui est en soi, et on a de plus en plus de difficultés à le retrouver. Il est enfoui, très profondément. Il sait nous rappeler à l’ordre, régulièrement. Mais il ne donne jamais la clé. C’est une énigme plus vaste que soi. Prendre du recul est une étape, l’accepter en est une autre. C’est un début, une piste. Tout reste à faire. Le plus dur. C’est contraignant d’éviter de s’affronter à soi. Une plaie béante qui s’ouvre toujours un peu plus. Un mystère qui marche à côté de soi. C’est un mystère qui a un sens. Rien n’est là par hasard. C’est là. L’énigme a ses ressources. Elles sont profondes et s’alimentent elles-mêmes. On ne fuit pas, on n’accepte pas d’ouvrir les yeux. Ce n’est ni réel, ni irréel, c’est simplement là. En soi. Être là, à l’intérieur et à l’extérieur de soi, au même moment et ouvrir les yeux et écouter. Être là.
ni queue ni tête (17)
Faire attention. Fuir le faux simple, le faux ordinaire. Fuir ce qui enferme quelque part, là où on ne peut ni s’échapper ni juger si cela convient. L’esthétique et le beau se reconnaissent, se sentent intimement, sans aucune règle comme l’élégance naturelle, pas l’autre, celle qui convient. Pas de diktat, aucun. S’il n’y a pas d’imperfections, si tout est parfait, alors il faut fuir, encore une fois, ne pas rester, ne pas s’attarder. Ce n’est pas vrai, c’est un montage quasi parfait, mais la vie n’habite pas le lieu. Rien ne se voit, ni magie ni divin. La conscience n’est pas présente, peut-être quelques traces apparaîtront. Apprendre à aimer les mêmes choses n’est pas aimer le beau. L’esthétique a ses règles, certes. La conscience du beau aussi. Parfois elles s’attirent mais parfois elles se repoussent. Encore une fois, ne pas se laisser faire, prendre le temps et le recul d’être sûr de soi, de son impression. Écouter ce qui afflue en soi, sans crainte. Fuir les clichés, ne pas appartenir à, seulement être là.
ni queue ni tête (16)
Il ne restera que la trace. Le reste aura disparu, tout le reste, sans exception, même ce qui a pu servir de corps. Combien de temps faudra-t-il pour déconstruire l’être qui fait office de moi? Celui qui a pris ma place, qui a endossé le rôle de ce que je devais être, sans rien me demander. Ce n’est pas déconstruire, non. C’est détruire. Ce sera plus sûr, peut-être pas plus efficace. La moindre des choses est de le faire, sans broncher, sans peur, avec le courage de celle qui va enfanter. Conserver en soi le mélange de douleur et de joie. Pourquoi pas crier s’il le faut. On parle de renaissance, c’est à dire, naître soi-même, se donner naissance. Une seconde fois. Que s’est-il donc passer avant de renaître? On veut se reconstruire, c’est faux. On ne désire pas ça. On ne souhaite pas réutiliser des matériaux déjà utilisés. On veut créer, se créer. Cela devrait pouvoir se faire tout seul, comme le flux d’une énergie enfouie. Trouver la source. Extraire ce qui ne fonctionne plus. Ranger et nettoyer les surplus inutiles et les croyances douteuses. Oublier, laver à grande eau et faire sécher. L’expérience est hasardeuse et les risques non mesurables, faut-il le faire seul ou accompagné, qui pourrait aider à réaliser ce que l’on redoute le plus. Ce n’est pas mourrir et renaître, c’est continuer à naître, continuer à n’être que ce que l’on devrait être. Chercher loin, profondément, pas dans le passé, dans le présent, là où se situe vraiment le noyau, l’onde, l’énergie. Quand tout le reste aura disparu, que restera-t-il vraiment. La trace de cette énergie, aussi forte et minuscule soit-elle. Les sexes tombent, il ne reste plus que la trace. Ta trace à toi, ma trace à moi.
ni queue ni tête (15)
Le calme revient peu à peu. Lorsque l’on ne fait plus attention au tumulte, il est de nouveau là. Il retrouve sa place et ne dit rien. Les bruits et images empêtrées les unes aux autres ont disparu. Elles ont libéré l’espace, elles ont déguerpi. Ce moment s’est fait attendre mais il est toujours le bienvenu. Le calme après la tempête dit-on. Les aphorismes de capitaine au long cours sont souvent les plus appropriés. Parfois ils sont vrais. Il fallait laisser passer, voir défiler les sujets qui compliquent le sommeil, les laisser s’agiter sans y prêter attention. Retrouver le calme demande une certaine noblesse. Il faut savoir ignorer sans dédaigner. Se décaler, se positionner différemment. Le combat peut s’avérer épuisant si l’on n’y prend garde. Certains s’obstinent, veulent démêler les fils, mais rien n’est plus ingrat. Impossible d’en sortir, le feu est attisé, les flammes repartent de plus belle. D’autres se plongent dans l’immobilité, ce n’est pas suffisant. Il ne s’agit pas d’un mouvement, mais d’une position. Seulement savoir s’opposer, se dresser devant, affronter les coups et supporter la douleur, si douleur il y a, rien de moins certain. Se lever et faire face, se libérer d’un poids trop lourd. L’imagination fait des siennes, elle se régale et s’installe aisément à la table du banquet. Si le calme revient, la fête est finie. Et rien ne va plus. Les pensées s’évaporent, elles ne mènent plus le bal. Imaginer le pire est tellement plus savoureux que d’y faire front une bonne fois pour toute. Tout pourrait mal se passer, il faut anticiper pour s’assurer de l’avoir presque vécu. Avec fierté. Ce temps si précieux réduit à fabriquer de l’angoisse en fusion, un cauchemar prêt à exploser. Le chemin existe, il suffit d’allier bienveillance et fermeté, d’être fort sans être brutal, et juste sans être rigide. Le calme est le panache de la noblesse. C’est une posture intérieure, une manière d’agir. Rester digne en toute circonstance. Être là, calme, serein et respectueux, des autres bien sûr, et de soi, évidemment.